Mieux comprendre le TDAH

MON REGARD SUR LE TDAH
Le TDAH est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce que je le connais à la fois en tant que professionnelle, mais aussi en tant que maman.
Au cours de mes 14 années en psychiatrie, j’ai travaillé pendant 5 ans en pédopsychiatrie, auprès d’enfants et d’adolescents présentant des problématiques très diverses. Le TDAH faisait partie des troubles que j’ai pu rencontrer et accompagner. Aujourd’hui encore, dans mon activité d’hypnothérapeute, je reçois régulièrement des enfants, des adolescents, mais aussi des adultes concernés par un TDAH et par les difficultés qui peuvent l’accompagner.
Mais connaître le TDAH professionnellement est une chose. Le vivre au quotidien en tant que parent en est une autre. Je suis moi-même maman d’un enfant avec un TDAH. Et forcément, le regard change. Il ne s’agit plus seulement de connaître un trouble, ses manifestations ou les accompagnements possibles. Il y a aussi la réalité du quotidien : les devoirs, les consignes parfois répétées plusieurs fois, l’organisation, les émotions qui peuvent être intenses, les moments plus compliqués… mais aussi les progrès, les petites victoires et toutes ces belles ressources que l’on découvre au fil du temps.
C’est aussi pour cela que j’avais envie d’écrire cet article : pour parler du TDAH avec des mots simples, au-delà des idées reçues, mais aussi pour partager un regard à la fois professionnel et personnel sur ce trouble.
Parce que mieux comprendre le TDAH, c’est aussi mieux comprendre le fonctionnement de la personne concernée, ses difficultés, ses besoins, mais aussi toutes ses ressources.

LE TDAH, QU’EST-CE QUE C’EST EXACTEMENT ?
Le TDAH, ou Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, est un trouble du neurodéveloppement. Il est lié à la manière dont le cerveau se développe et fonctionne. Il apparaît dès l’enfance, même s’il peut parfois être repéré et diagnostiqué beaucoup plus tard, à l’adolescence ou même à l’âge adulte.
Quand on parle de TDAH, on imagine encore souvent l’enfant qui bouge beaucoup, qui a du mal à rester assis, qui coupe la parole ou qui semble toujours en mouvement. Mais le TDAH peut se présenter de façons très différentes.
Chez certaines personnes, ce sont surtout les difficultés d’attention qui sont présentes : elles peuvent être facilement distraites, oublier certaines choses ou avoir du mal à rester concentrées. Chez d’autres, l’hyperactivité et l’impulsivité sont plus présentes, avec ce besoin de bouger, cette difficulté à attendre ou cette tendance à agir ou à parler très rapidement. Et chez d’autres encore, on retrouve à la fois les difficultés d’attention, l’hyperactivité et l’impulsivité.
On parle ainsi de trois grandes présentations du TDAH : une présentation à prédominance inattentive, une présentation à prédominance hyperactive et impulsive et une présentation combinée.
Mais alors, pourquoi certaines personnes ont-elles un TDAH ? Là encore, il n’y a pas une seule explication. On sait aujourd’hui que la génétique joue un rôle important. Il n’est d’ailleurs pas rare, lorsqu’un enfant reçoit un diagnostic, que l’on retrouve ensuite dans la famille un parent, un grand-parent ou un autre membre de la famille qui présente lui aussi un TDAH, parfois diagnostiqué beaucoup plus tard, ou qui se reconnaît dans certains fonctionnements.
Le fonctionnement du cerveau entre également en jeu. Deux neurotransmetteurs sont notamment impliqués dans le TDAH : la dopamine et la noradrénaline. Pour faire simple, la dopamine intervient notamment dans la motivation, l’envie d’agir, l’attention et le système de récompense. La noradrénaline joue, entre autres, un rôle dans l’attention, la vigilance et la capacité à rester mobilisé sur une tâche. Chez une personne avec un TDAH, le fonctionnement et la régulation de ces systèmes peuvent être différents. Et lorsque l’on comprend cela, certaines difficultés prennent déjà davantage de sens : commencer une tâche, rester concentré lorsqu’elle est peu stimulante, résister aux distractions, attendre, gérer une impulsion ou maintenir sa motivation.
La génétique n’explique cependant pas tout. D’autres facteurs peuvent également augmenter le risque de développer un TDAH. C’est notamment le cas de la prématurité ou d’un faible poids à la naissance. Les derniers mois de grossesse représentent une période très importante pour la maturation du cerveau et du système nerveux. Une naissance prématurée intervient donc à un moment où cette maturation est encore en plein développement. Cela reste bien sûr un facteur de risque : tous les enfants nés prématurément ne développent pas un TDAH.
Et l’hyperactivité, elle aussi, peut prendre différentes formes. Elle peut être très visible chez certaines personnes, avec un véritable besoin de mouvement. Chez d’autres, elle est beaucoup moins perceptible de l’extérieur. La personne peut sembler calme et pourtant avoir intérieurement un cerveau très actif, avec des pensées et des idées qui s’enchaînent rapidement, parfois plusieurs en même temps.
Finalement, comprendre un peu mieux ce qui se joue derrière le TDAH permet aussi de sortir de certaines idées reçues. Ce n’est pas une question de mauvaise éducation, de manque de volonté ou encore de manque d’efforts. Et surtout, deux personnes avec un TDAH peuvent avoir des fonctionnements très différents.

UN MEME DIAGNOSTIC, DES MANIFESTATIONS MULTIPLES
Le TDAH peut se manifester de façons très différentes d’une personne à l’autre. Les manifestations peuvent aussi évoluer avec l’âge. Un TDAH chez un enfant de 8 ans ne s’exprimera pas forcément de la même manière à 15 ans, à 30 ans ou à 50 ans.
Chez l’enfant, les difficultés d’attention peuvent par exemple se traduire par des consignes rapidement oubliées, des affaires régulièrement perdues, une tendance à commencer quelque chose puis à passer à autre chose, ou encore une grande facilité à être distrait par tout ce qui se passe autour de lui. Chez certains enfants, l’hyperactivité est beaucoup plus visible : ils bougent énormément, se lèvent souvent, parlent beaucoup, touchent à tout ou ont du mal à attendre leur tour. L’impulsivité peut aussi les amener à répondre avant même que la question soit terminée ou à agir très rapidement, parfois sans avoir eu le temps de réfléchir aux conséquences.
À l’adolescence, certaines manifestations peuvent changer. L’agitation physique peut devenir moins importante ou moins visible et laisser davantage de place à une agitation intérieure. Et avec l’autonomie que l’on demande progressivement au jeune, d’autres difficultés peuvent prendre davantage de place : gérer son emploi du temps, anticiper un travail, s’organiser dans plusieurs matières, penser à son matériel, respecter les délais ou réussir simplement à se mettre au travail.
À l’âge adulte, le TDAH peut toujours être présent, parfois sans même avoir été repéré auparavant. Certaines personnes ont d’ailleurs passé une grande partie de leur vie à entendre qu’elles étaient désorganisées, tête en l’air, toujours en retard ou qu’elles manquaient simplement de volonté. On peut retrouver des difficultés à gérer les priorités et le temps, des oublis, de la procrastination, une tendance à commencer plusieurs choses en même temps ou encore cette sensation de se retrouver rapidement débordé lorsque tout s’accumule. L’agitation et l’impulsivité peuvent également persister, parfois sous des formes beaucoup moins visibles qu’au cours de l’enfance.
Et puis il y a l’hyperfocus, qui peut parfois être difficile à comprendre pour l’entourage. Comment une personne qui a tant de mal à rester concentrée sur certaines tâches peut-elle passer des heures complètement absorbée par autre chose ? Lorsqu’une activité l’intéresse particulièrement, la passionne ou lui apporte suffisamment de stimulation, elle peut s’y plonger totalement, au point parfois de perdre la notion du temps ou d’avoir beaucoup de mal à s’en détacher. Le TDAH n’est donc pas simplement une incapacité à se concentrer : c’est aussi une difficulté à réguler et à diriger son attention en fonction de ce que la situation demande.
On retrouve également très fréquemment chez les personnes avec un TDAH une sensibilité importante, aussi bien sur le plan émotionnel que sensoriel. Les émotions peuvent être vécues de manière particulièrement intense : une remarque peut toucher profondément, une frustration peut prendre beaucoup de place et il peut parfois être difficile de retrouver rapidement son calme une fois que l’émotion est montée.
Cette sensibilité peut aussi concerner les bruits, les odeurs, les textures, certains vêtements, le toucher ou encore l’agitation environnante. Un enfant peut par exemple avoir beaucoup de mal à supporter le bruit d’une classe ou d’une cantine, être gêné par une étiquette ou une matière sur un vêtement, ou se sentir rapidement envahi lorsqu’il y a beaucoup de stimulations autour de lui. Chez l’adolescent et l’adulte aussi, certains environnements très bruyants, très animés ou très stimulants peuvent devenir particulièrement fatigants. Cette sensibilité émotionnelle et sensorielle peut être plus ou moins marquée selon les personnes et ne constitue pas, à elle seule, un critère permettant de poser un diagnostic de TDAH.
Le TDAH peut également être plus difficile à repérer chez certaines personnes. C’est notamment ce que l’on observe parfois chez les filles, lorsque l’hyperactivité est peu visible et que l’inattention, la rêverie, la désorganisation ou l’agitation intérieure prennent davantage de place. Elles peuvent ainsi passer plus facilement inaperçues pendant l’enfance et recevoir un diagnostic plus tardivement. Cela reste bien sûr très variable : toutes les filles avec un TDAH ne présentent pas ce profil, tout comme tous les garçons avec un TDAH ne sont pas hyperactifs.
Enfin, il est important de savoir que le TDAH peut aussi être associé à d’autres troubles. Chez l’enfant ou l’adolescent, on peut notamment retrouver des troubles des apprentissages, des troubles anxieux, des troubles du sommeil, un trouble oppositionnel avec provocation ou encore des troubles de l’humeur. À l’adolescence et à l’âge adulte, peuvent également être associés des conduites addictives ou des troubles liés à l’usage de substances. Chez l’adulte, on retrouve aussi plus fréquemment certains troubles anxieux ou dépressifs et, chez certaines personnes, un trouble bipolaire peut également coexister avec le TDAH.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne avec un TDAH développera l’un de ces troubles. Ce sont des troubles qui peuvent être associés au TDAH, mais qui restent distincts et qui nécessitent d’être repérés et pris en compte pour eux-mêmes.

LA DYSFONCTION EXECUTIVE : POURQUOI CERTAINES CHOSES SIMPLES PEUVENT DEVENIR SI COMPLIQUEES
Pour comprendre certaines difficultés rencontrées par les personnes avec un TDAH, il faut aussi parler des fonctions exécutives. On peut les imaginer un peu comme le chef d’orchestre du cerveau. Ce sont elles qui nous permettent de nous organiser, de planifier, de commencer une tâche, de garder une information en tête le temps de l’utiliser, de gérer notre temps, de passer d’une chose à une autre ou encore de freiner une impulsion.
Et c’est justement là que certaines situations peuvent être difficiles à comprendre pour l’entourage. Une personne peut parfaitement savoir ce qu’elle doit faire, avoir envie de le faire, et pourtant avoir énormément de mal à s’y mettre. Parfois, c’est réellement le passage entre « je sais que je dois le faire » et « je commence à le faire » qui est compliqué.
On le retrouve dans énormément de situations du quotidien. Pour un enfant, cela peut être commencer ses devoirs, ranger sa chambre, préparer son sac ou suivre plusieurs consignes données à la suite. Pour un adolescent, commencer un travail demandé depuis plusieurs jours alors qu’il sait parfaitement qu’il doit le rendre. Pour un adulte, cela peut être répondre à un mail, prendre un rendez-vous, remplir un document administratif ou commencer une tâche qui paraît pourtant assez simple vue de l’extérieur.
La mémoire de travail joue également un rôle important. Elle permet de garder temporairement certaines informations en tête pendant que l’on est en train de faire quelque chose. C’est ce qui peut faire qu’un enfant à qui l’on demande « monte dans ta chambre, prends ton pull, tes chaussures et ton sac » monte… puis redescend avec son pull seulement. Il a entendu la consigne. Mais entre le moment où elle lui a été donnée et celui où il doit l’exécuter, une partie des informations peut déjà s’être perdue en chemin.
La notion du temps peut également être particulière. Certaines personnes avec un TDAH ont du mal à évaluer le temps dont elles disposent ou celui qu’une tâche va réellement leur prendre. Elles peuvent repousser quelque chose pendant des heures ou des jours et, lorsque l’échéance devient vraiment proche, réussir tout à coup à mobiliser énormément d’énergie pour le faire.
Vu de l’extérieur, tout cela peut parfois être interprété comme de la paresse, du désintérêt, un manque d’efforts ou de volonté. Alors qu’en comprenant mieux le fonctionnement qui se cache derrière ces comportements, le regard peut être complètement différent.
Cela ne veut pas dire qu’il faut tout faire à la place de la personne. L’idée est plutôt de trouver des façons de faire qui correspondent davantage à son fonctionnement : découper une tâche en plusieurs petites étapes, donner une consigne à la fois lorsque c’est nécessaire, utiliser des repères visuels ou mettre en place des routines.

LES DIFFICULTES DU TDAH DANS LA VIE QUOTIDIENNE
Vivre avec un TDAH peut avoir des répercussions dans de nombreux domaines du quotidien. Et ces difficultés ne sont pas toujours visibles de l’extérieur. Derrière un enfant qui semble ne pas écouter, un adolescent qui repousse constamment ses devoirs ou un adulte qui se sent débordé par des choses qui paraissent simples pour les autres, il peut y avoir énormément d’efforts, de fatigue et parfois aussi beaucoup de découragement.
À l’école, un enfant peut parfaitement avoir les capacités pour comprendre et apprendre, tout en rencontrant des difficultés pour rester attentif suffisamment longtemps, suivre plusieurs consignes, s’organiser, terminer son travail ou montrer réellement ce qu’il sait. Il peut connaître sa leçon et pourtant passer à côté d’une consigne, oublier une partie de l’exercice ou faire des erreurs d’inattention. Et lorsque les devoirs prennent beaucoup de temps, qu’il faut régulièrement répéter les consignes ou ramener l’enfant vers ce qu’il était en train de faire, cela peut également devenir source de fatigue et parfois de tensions à la maison.
À l’adolescence, les attentes augmentent encore : davantage d’autonomie, plusieurs enseignants, des devoirs à anticiper, des échéances à respecter, du matériel à gérer… Et à un âge où le regard des autres prend déjà beaucoup de place, se sentir régulièrement en décalage ou devoir fournir énormément d’efforts pour arriver au même résultat peut progressivement fragiliser la confiance en soi.
À l’âge adulte, les difficultés peuvent se retrouver dans la vie professionnelle, la gestion de la maison, les démarches administratives, les finances, l’organisation familiale ou encore dans la vie de couple. Les oublis, les retards, les tâches commencées puis laissées de côté, le fait de repousser certaines choses jusqu’au dernier moment ou encore une conversation pendant laquelle l’attention s’est échappée peuvent parfois être difficiles à comprendre pour l’entourage.
Et finalement, les petites phrases peuvent accompagner la personne avec un TDAH à tous les âges. Enfant ou adolescent, elle peut régulièrement entendre : « Fais un effort », « Concentre-toi », « Tu pourrais si tu voulais », « Tu es toujours dans la lune », « Tu ne finis jamais rien »… Puis, à l’âge adulte ou dans la vie de couple : « Tu ne m’écoutes jamais », « Il faut toujours que je te rappelle tout », « Tu as encore oublié ? » ou « Pourquoi tu attends toujours le dernier moment ? ».
Bien sûr, ces phrases peuvent parfois traduire une fatigue ou une frustration bien réelle de l’entourage. Mais lorsqu’elles se répètent pendant des années, elles peuvent aussi finir par laisser des traces. Un enfant peut commencer à penser qu’il est moins capable que les autres, un adolescent peut progressivement perdre confiance en lui et un adulte peut encore porter une image négative de lui-même.
Certaines personnes développent alors de nombreuses stratégies pour compenser leurs difficultés : faire des listes, mettre des rappels partout, tout noter, vérifier plusieurs fois, anticiper énormément ou mettre en place des routines très précises. De l’extérieur, elles peuvent même donner l’impression d’être particulièrement organisées. Pourtant, derrière cette organisation se cache parfois une énergie considérable dépensée simplement pour réussir à gérer le quotidien.
Le TDAH peut également avoir un retentissement émotionnel et relationnel. Certaines personnes vivent leurs émotions de manière particulièrement intense, peuvent avoir du mal à gérer la frustration ou réagir très rapidement dans certaines situations. Là encore, ce qui est visible de l’extérieur ne raconte pas toujours tout ce qui se passe à l’intérieur.
C’est aussi pour cela qu’il me paraît important de regarder au-delà du comportement que l’on voit et de chercher à comprendre ce qui se passe derrière. Cette compréhension permet de chercher ce qui peut aider la personne et d’adapter certaines choses lorsque c’est nécessaire.

QUAND LE TDAH REVELE AUSSI DE BELLES RESSOURCES
Les difficultés liées au TDAH sont bien réelles, mais je trouve tout aussi important de parler des capacités, des qualités et des ressources que l’on peut retrouver chez certaines personnes.
Certaines peuvent par exemple avoir beaucoup de créativité et de curiosité. Elles ont parfois énormément d’idées, font rapidement des liens entre différentes choses, réfléchissent autrement ou trouvent des solutions auxquelles les autres n’auraient pas forcément pensé.
Et lorsqu’un sujet les intéresse vraiment, le fonctionnement peut être complètement différent. Un enfant qui a beaucoup de mal à rester concentré sur ses devoirs peut être capable de passer énormément de temps à apprendre tout ce qu’il peut sur un sujet qui le passionne. Un adolescent peut connaître une quantité impressionnante de choses sur son centre d’intérêt. Et un adulte peut déployer énormément d’énergie dans un projet qui lui tient vraiment à cœur.
On peut aussi retrouver beaucoup de spontanéité, d’enthousiasme et d’énergie. Certaines personnes aiment découvrir de nouvelles choses, se lancer dans des projets, chercher des solutions, improviser ou rebondir rapidement lorsqu’une situation change.
Et puis il y a cette grande sensibilité, émotionnelle mais aussi parfois sensorielle, dont nous avons parlé précédemment. Elle peut aussi être une véritable ressource : percevoir rapidement une ambiance, être attentif à ce que ressent l’autre, remarquer des choses que d’autres ne remarquent pas forcément ou faire preuve de beaucoup d’empathie.
Finalement, ce qui peut être une difficulté dans certaines situations peut aussi devenir une force dans d’autres. Une énergie difficile à canaliser peut devenir un véritable moteur lorsqu’elle est dirigée vers quelque chose qui motive la personne. Une pensée qui part dans plusieurs directions peut compliquer certaines tâches, mais aussi permettre de faire des liens rapidement et de trouver des idées originales.
Bien sûr, chaque personne avec un TDAH est différente et ne se retrouvera pas forcément dans toutes ces caractéristiques. L’idée n’est pas non plus de faire du TDAH un « super-pouvoir » ou de minimiser les difficultés qu’il peut entraîner. Il s’agit plutôt de regarder aussi tout ce que la personne sait faire et les ressources sur lesquelles elle peut s’appuyer.

ET LE TRAITEMENT MEDICAMENTEUX ?
La question du traitement médicamenteux revient forcément lorsque l’on parle du TDAH, et je trouve important de l’aborder sans jugement et sans culpabiliser les parents ou les personnes concernées.
Certains enfants, adolescents ou adultes avec un TDAH arrivent à trouver un équilibre avec des aménagements, des stratégies adaptées et différents accompagnements. Pour d’autres, les difficultés sont beaucoup plus importantes et peuvent avoir un véritable retentissement sur la scolarité, les relations avec les autres, la vie familiale, professionnelle ou encore sur la confiance en soi.
Un enfant qui passe ses journées à essayer de se concentrer, qui se fait régulièrement reprendre parce qu’il bouge, parle, oublie ou agit trop vite, qui fournit énormément d’efforts pour suivre en classe et qui rentre épuisé à la maison peut être réellement en souffrance. Et je pense que c’est important de ne pas perdre cela de vue lorsque la question d’un traitement se pose.
Je me souviens d’ailleurs d’un enfant que j’avais accompagné lorsque je travaillais en pédopsychiatrie. Après la mise en place de son traitement, il était revenu me voir et m’avait dit une phrase que je n’ai jamais oubliée : « Ça y est Aude, j’arrive enfin à ranger les tiroirs dans ma tête. »
J’ai trouvé son image extraordinaire parce qu’elle expliquait avec des mots d’enfant quelque chose qui peut être très difficile à décrire. Imaginez une grande commode avec énormément de tiroirs. Dans l’un, les chaussettes se retrouvent avec les carottes. Dans un autre, les crayons sont mélangés avec les couverts. Et dans celui des outils de jardin, on retrouve aussi quelques jouets. Tout est là, mais tout est mélangé et il devient compliqué de retrouver rapidement ce dont on a besoin. Pour cet enfant, le traitement lui avait donné cette sensation de pouvoir enfin ranger chaque chose dans le bon tiroir, retrouver plus facilement ses idées et mettre un peu d’ordre dans tout ce qui se passait dans sa tête.
Bien sûr, un traitement ne produit pas exactement les mêmes effets chez tout le monde. Mais lorsqu’il est indiqué, bien adapté et efficace, il peut permettre à la personne d’être davantage disponible pour les apprentissages et pour son quotidien. Et quand je parle d’apprentissages, je ne parle pas uniquement des résultats scolaires. Pour un enfant, apprendre, c’est aussi réussir à écouter une consigne, s’organiser, gagner progressivement en autonomie, mieux gérer certaines situations avec les autres, intégrer des règles ou encore trouver plus facilement sa place dans un groupe.
J’ai également rencontré au cabinet une maman qui était très réticente à l’idée que son adolescente prenne un traitement. Elle souhaitait vraiment l’éviter. Mais les difficultés étaient devenues tellement importantes et sa fille était tellement en souffrance qu’elle a finalement accepté d’essayer le traitement proposé par le médecin. Toutes les deux ont alors constaté les changements que celui-ci avait pu apporter dans son quotidien. Et cette maman m’avait dit : « Si j’avais su, je lui aurais donné bien plus tôt. »
Je trouve ce témoignage important parce qu’il montre aussi toute la complexité de cette décision pour les parents. Avoir des réticences ou des inquiétudes face à un traitement est parfaitement compréhensible. Mais lorsque l’enfant ou l’adolescent est réellement en difficulté, je pense qu’il est tout aussi important de pouvoir entendre ce que les professionnels proposent, poser ses questions et réfléchir à ce qui pourrait réellement l’aider.
Le traitement ne fait évidemment pas tout. Il s’intègre avec les aménagements, l’accompagnement des parents, les stratégies mises en place au quotidien et les autres prises en charge lorsqu’elles sont nécessaires. La prise en charge du TDAH se pense vraiment dans sa globalité et s’adapte à chaque personne.
Il ne s’agit donc pas d’être « pour » ou « contre » les médicaments. Certains enfants n’en auront pas besoin, pour d’autres ils pourront apporter une aide importante. Cette décision appartient au domaine médical et doit être réfléchie avec les professionnels de santé qui suivent l’enfant, l’adolescent ou l’adulte, en fonction de ses difficultés, de leur retentissement et de ses besoins.
Pour moi, la question à se poser reste surtout : qu’est-ce qui peut réellement aider cette personne à aller mieux et à vivre plus sereinement avec son TDAH ?

LE DIAGNOSTIC : MIEUX COMPRENDRE SON PROPRE FONCTIONNEMENT
Recevoir un diagnostic peut permettre de mettre des mots sur un fonctionnement que la personne vit parfois depuis des années sans réellement le comprendre. Pour un enfant, un adolescent comme pour un adulte, savoir que certaines difficultés sont liées à son TDAH peut permettre de mieux comprendre pourquoi certaines choses lui demandent autant d’efforts, pourquoi son attention fonctionne de cette manière ou pourquoi certaines situations sont plus compliquées pour lui.
Pour moi, un diagnostic, c’est un peu comme avoir le mode d’emploi de son propre fonctionnement. Quand on achète un meuble à monter, c’est quand même beaucoup plus simple avec la notice… même si le temps de montage annoncé sur la boîte est parfois un peu optimiste ! Et quand on découvre un nouveau jeu, là encore, avoir les règles permet de mieux comprendre comment il fonctionne.
Pour le TDAH, je trouve que c’est un peu la même chose. Comprendre comment son cerveau fonctionne permet aussi de mieux comprendre ses réactions, ses difficultés, ses besoins, mais également de découvrir les stratégies qui peuvent réellement lui convenir.
Le diagnostic devient alors un véritable repère pour mieux se connaître et mieux se comprendre, tout en laissant toute sa place à la personne, à sa personnalité et à son histoire. Et cette compréhension peut déjà changer énormément de choses. Lorsque l’on comprend pourquoi certaines situations nous demandent plus d’efforts ou pourquoi certaines choses sont plus compliquées, on peut aussi progressivement enlever une partie de la culpabilité accumulée au fil des années.
On passe alors plus facilement de « Pourquoi je n’y arrive pas comme les autres ? » à « Maintenant que je comprends mieux comment je fonctionne, qu’est-ce qui peut m’aider ? »

DES CLES POUR MIEUX ACCOMPAGNER LE TDAH AU QUOTIDIEN
Une fois que l’on comprend mieux le fonctionnement du TDAH, on peut aussi mettre en place des choses très concrètes au quotidien. L’idée est de donner à l’enfant, à l’adolescent ou à l’adulte des repères et des outils adaptés à son fonctionnement, pour l’aider progressivement à trouver ses propres stratégies et à gagner en autonomie.
Chez l’enfant, par exemple, une consigne simple, donnée étape par étape, sera souvent plus facile à suivre qu’une succession de demandes. Plutôt que de dire « Vas dans ta chambre, habilles-toi, prends ton sac, vérifies tes affaires et viens mettre tes chaussures », on peut commencer par « Vas t’habiller », puis donner la suite une fois cette première étape terminée.
On peut également découper les tâches. « Ranges ta chambre » représente finalement énormément de choses à faire en même temps. On peut commencer par « Mets ton linge sale dans le panier », puis passer à l’étape suivante. C’est exactement la même chose pour les devoirs : on avance progressivement, une chose après l’autre.
Les repères visuels peuvent aussi être très utiles. Pour un enfant, on peut par exemple créer un tableau qui découpe les différents moments de la journée : se lever, s’habiller, prendre le petit-déjeuner, se brosser les dents, préparer ses affaires, partir à l’école… Selon son âge, on peut utiliser des mots, des couleurs, des pictogrammes ou simplement cocher chaque étape lorsqu’elle est terminée. Le tableau devient alors un repère sur lequel il peut s’appuyer et l’aide progressivement à devenir plus autonome.
À l’école, certains petits aménagements peuvent également aider l’enfant à rester davantage disponible pour les apprentissages. Pour un enfant qui a besoin de bouger, un élastique installé aux pieds de sa chaise peut par exemple lui permettre de mettre ses jambes en mouvement tout en restant assis. Un petit objet sensoriel à manipuler peut également l’aider à répondre à ce besoin de mouvement ou de stimulation et, pour certains enfants, faciliter leur écoute et leur concentration.
La place dans la classe peut également avoir son importance. Un enfant très sensible à ce qui se passe autour de lui peut par exemple se sentir plus à l’aise dans un endroit avec moins de passages et moins de stimulations. Chaque enfant étant différent, l’idée est surtout d’observer ce qui lui convient et de trouver les aménagements qui correspondent le mieux à son fonctionnement.
Et puisque nous avons parlé de cette grande sensibilité émotionnelle, il peut aussi être intéressant d’accompagner l’enfant pour l’aider à mieux identifier ce qu’il ressent. Un tableau des émotions, des images ou une échelle peuvent servir de support : « Qu’est-ce que tu ressens ? Où est-ce que tu le sens dans ton corps ? À quel point cette émotion est forte ? De quoi aurais-tu besoin maintenant ? » Petit à petit, l’enfant apprend à reconnaître ses émotions, à les nommer et à découvrir ce qui peut l’aider à retrouver son équilibre.
Les routines peuvent également devenir de véritables repères. Préparer les affaires la veille, avoir une place définie pour le sac, les chaussures ou les objets importants, afficher la liste des affaires à mettre dans le cartable… Ce sont parfois de toutes petites adaptations qui, mises bout à bout, peuvent vraiment faciliter le quotidien.
Et puis il y a quelque chose qui me paraît essentiel : valoriser les efforts autant que le résultat. Un enfant avec un TDAH peut fournir énormément d’énergie pour réussir quelque chose qui paraît très simple aux autres. Lui dire « J’ai vu tous les efforts que tu as faits pour aller jusqu’au bout », « Tu peux être fier de toi » ou « Regardes tout ce que tu as réussi à faire » permet aussi de l’aider à prendre conscience de ses capacités.
Toutes ces stratégies peuvent bien sûr évoluer avec l’âge. Un adolescent ou un adulte pourra utiliser son téléphone, des alarmes, un agenda, des listes, un minuteur ou des routines. Lorsqu’une stratégie aide réellement la personne dans son quotidien, elle devient tout simplement un outil sur lequel elle peut s’appuyer.
Un enfant avec un TDAH a également besoin, comme tous les enfants, d’un cadre et de limites. Lorsque ce cadre est clair, prévisible et adapté à son fonctionnement, il peut devenir un véritable repère et l’aider progressivement à développer son autonomie.

QUELLE PLACE POUR L’HYPNOSE DANS L’ACCOMPAGNEMENT DU TDAH ?
L’hypnose peut également avoir sa place dans l’accompagnement d’un enfant, d’un adolescent ou d’un adulte avec un TDAH. L’accompagnement se construit en fonction de la personne, de son fonctionnement et surtout de ce qui est difficile pour elle dans son quotidien.
En hypnose, on peut notamment accompagner certaines difficultés rencontrées en lien avec le TDAH ou qui peuvent venir s’y associer : les difficultés attentionnelles, la gestion des émotions, l’impulsivité, le stress, la confiance en soi, l’estime de soi, la motivation, les difficultés à se poser ou encore le sommeil.
Chez les enfants et les adolescents, je trouve particulièrement important de travailler autour de la confiance en soi et de l’estime de soi. Certains ont grandi en entendant régulièrement qu’ils devaient faire davantage d’efforts, mieux se concentrer, arrêter de bouger ou mieux s’organiser. L’hypnose peut alors permettre de travailler autour de leurs capacités, de leurs ressources, mais aussi de la régulation émotionnelle et des outils qu’ils pourront progressivement utiliser par eux-mêmes.
Chez l’adulte, le travail peut également porter sur la confiance en soi, la gestion du stress et des émotions, les difficultés attentionnelles, la procrastination, la motivation, le sommeil, ou encore certaines croyances installées au fil des années : « Je suis incapable de m’organiser », « Je ne vais jamais au bout de rien », « Je suis trop comme ci ou pas assez comme ça »…
Avec les enfants, les adolescents comme avec les adultes, j’aime aussi proposer des outils qu’ils pourront ensuite réutiliser dans leur quotidien. Cela peut passer par la respiration, un geste d’ancrage, une image mentale, un mot, une sensation ou encore l’apprentissage de l’auto-hypnose.
J’enregistre également les séances d’hypnose afin qu’elles puissent être réécoutées à la maison. Cela permet à la personne de retrouver la séance, de se l’approprier progressivement et de réutiliser plus facilement ce qui a été travaillé ensemble.
L’hypnose trouve ainsi sa place en complément d’un accompagnement global du TDAH, aux côtés des différents professionnels, des aménagements et, lorsque cela est indiqué, des traitements proposés en fonction des besoins de chacun.

POUR CONCLURE
Si j’ai souhaité écrire cet article, c’est aussi parce que je trouve que le TDAH reste encore parfois mal compris. On entend même régulièrement qu’il serait devenu « un effet de mode », parce que l’on en parle davantage et que de plus en plus d’enfants, d’adolescents ou d’adultes reçoivent aujourd’hui un diagnostic.
Pourtant, le TDAH n’est pas apparu ces dernières années. Ce qui a évolué, c’est surtout notre connaissance de ce trouble, notre capacité à mieux le repérer et à mieux le diagnostiquer. On reconnaît aujourd’hui des formes qui pouvaient autrefois passer beaucoup plus facilement inaperçues, notamment lorsque l’hyperactivité est peu visible ou chez des adultes qui ont parfois passé une grande partie de leur vie sans comprendre leur propre fonctionnement.
Et finalement, plus on comprend le TDAH, plus certaines choses prennent du sens. Mieux comprendre son TDAH, c’est aussi mieux se comprendre soi-même.
Et puis surtout, derrière un TDAH, il y a avant tout une personne avec sa personnalité, son histoire, sa sensibilité, ses difficultés, mais aussi ses capacités et toutes ses ressources.
C’est finalement le message que j’avais envie de transmettre à travers cet article : mieux comprendre le TDAH pour mieux se comprendre, trouver les outils qui nous correspondent et aussi reconnaître tout ce dont on est capable.





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